China Jam Diary / 11 septembre

Lever vers 12h, Steph et Nico restent aux portaledges. Sean et moi faisons les deux longueurs suivantes, nous avons atteint le sommet du premier pilier de la face. Nous faisons relai au pied du deuxième ressaut qui semble être le plus raide et le plus beau. La paroi est sculptée de tafonis et de fissures rectilignes somptueuses.

Nous rentrons au camp enthousiastes. Les portaledges sont idéalement placés, sur un petit col enneigé qui donne du vide des deux côtés.
Un bout de saucisse, un lioph et quelques biscuits et nous dormons comme des bébés.

China Jam Diary / 10 septembre

Départ matinal pour profiter du regel, nous allons bien plus vite mais ce dernier portage est encore lourd.

Nous attaquons la remontée au jumar et les hissages vers 12h30. C’est dur, les sacs sont trop lourds et s’accrochent partout. Il faut presque toujours que l’un de nous descende ou monte débloquer les sacs. Vers 22h, nous sommes au dernier relai atteint la veille mais il reste encore du chemin et s’il est facile à grimper, il l’est nettement moins à hisser.

A 2h du matin seulement, nous installons les portaledges au pied d’un ressaut vertical au bord d’une vire neigeuse. Nous nous couchons vers 3h. Demain, ce sera grasse matinée, nous sommes tous éreintés.

China Jam Diary / 9 septembre

Aujourd’hui, j’ai choisi de descendre chercher le dernier chargement laissé en contrebas et de remonter tout simplement au camp pour gérer et préparer au mieux le matériel et les batteries dont je vais avoir besoin en paroi. C’est le denier jour pour faire ça car nous prévoyons de monter en paroi dès demain, c’est à dire, de quitter ce camp avancé et de dormir alors dans la voie sur nos portaledges.

Il fait un temps magnifique, pourvu que cela dure.

Sean, steph et Nico sont montés au pied de la face plus tôt cette fois pour profiter du regel de la nuit. Nico, fatigué, rentre vers 14h30, tandis que Steph et Sean ont fixé les 200 autres mètres de corde statique afin que demain, nous montions le camp le plus haut possible.

Ils rentrent tard mais contents. Demain sera le grand jour.

China Jam Diary / 8 septembre

Le soleil se lève une fois de plus bien tard sur ce nouveau camp et nous nous levons donc un peu trop tard. Nous prenons pied sur le glacier pour le premier portage vers la face vers 12h30, heure fatidique, heure de la fonte, heure de s’enfoncer à chaque pas, de dépenser trois fois plus d’énergie qu’il n’en faudrait au lever du jour.

Nous mettons finalement 4 heures au lieu des 2 prévues. L’approche de la paroi est magnifique sur un glacier large et sans crevasses. La face en elle-même est de plus en plus attirante, nous décidons de la ligne que nous allons tenter dans les jours à venir et l’excitation est à son comble, nous aimerions tellement être déjà là-haut dans nos portaledges.

Steph craque. Il rentre au camp exténué par ce énième portage, nous laissant à Nico, Sean et moi le soin des premières longueurs. Après un « pierre, papier, ciseaux », c’est à Sean que revient le droit de fouler pour la première fois le rocher du Kyzyl Asker. Après une belle longueur de presque 60m, nous le rejoignons avec un plaisir non dissimulé de grimper enfin. Nous hissons un premier sac dit « haul bag » et Nico s’attaque à la longueur suivante et s’arrête en bout de corde. Ces deux premières longueurs sont splendides, le rocher est parfait, au soleil jusqu’à 18h30, chaud malgré l’altitude (4700m tout de même).

Cette voie va être fabuleuse, la ligne est évidente, il y a de belles vires régulièrement, presque aucun risque de chute de corniche… Le top sur plus de 1200m de haut!

Le temps d’arranger les relais et de hisser un peu plus haut ce « haul bag », il est déjà largement temps de descendre. Nous quittons la paroi à 20h30 et rentrons en un peu plus d’heure (interminable) au camp où nous retrouvons Steph qui dormait. Un bon repas et tout le monde au lit.

China Jam Diary / 7 septembre

C’est le grand jour, jour du départ definitif du camp de base. Nous préparons nos dernières affaires dont les tentes et sacs de couchage et les empaquetons dans nos sacs toujours trop lourds. Nous partons cette fois vers 14h après avoir fait une petite photo d’adieu avec nos deux accompagnateurs chinois.

Nous nous arrêtons une demi-heure plus tard pour faire une petite heure de bloc sur les fameuses prairies paradisiaques placées sur notre route.

Nous repartons motivés comme jamais par cette face du Kyzyl Asker qui nous attend. Nous observons cette fois le passage juste au dessus de nos têtes d’un gigantesque et massif rapace. A l’épaule, la vue est superbe, le ciel est d’une pureté absolue. Nous aurions bien envie d’être déjà dans la paroi.
La bonne nouvelle, c’est qu’après cette première semaine de temps instable, on dirait bien que les choses s’ameliorent, ouf!

Nous arrivons au camp à 20h à nouveau. Sean et Nico redescendent quelques centaines de mètres plus bas récupérer des affaires que nous avions laissées lors de notre descente du précédent camp avancé et nottament nos chaussures d’alpinisme. Pendant ce temps, Steph et moi nous occupons de trouver et d’aménager le meilleur campement possible ainsi qu’un bon repas. Nous trouvons deux grosses dalles de rocher presque plates pour installer les tentes, déblayons la neige… Nous serons bien ici.

Sean et Nico rentrent à 22h15 éreintés, ils ont laissé encore un chargement de matériel, il faudra donc que l’un de nous deux y aille dans les jours à venir.

China Jam diary / 6 septembre

Ce matin, nous prenons le temps de charger quelques batteries encore puis nous partons faire un portage vers notre camp avancé via le nouveau « sentier » repéré la veille. C’est vrai que le cheminement est nettement moins scabreux. Plus de moraine instable où tu risques de te prendre l’ensemble de la montagne sur la gueule à tout moment ou bien où le moindre faux pas risque de te faire valser avec ton sac de 30kg quelques mètres plus bas comme Sean en a fait l’expérience avant-hier. Déstabilisé par un galet qui s’est dérobé sous son pied, il s’est retrouvé a faire un salto avant dans la moraine avec réception sur le sac à dos heureusement. Une simple égratignure à la tempe comme souvenir.

Aujourd’hui, c’est donc beaucoup plus agréable, nous passons de très jolies petites prairies verdoyantes avec quelques beaux blocs posés dessus, plein de petits ruisseaux… Le cadre est idyllique. Nous sommes en réalité sur une vieille moraine stabilisée, plus ancienne que les autres et plus haute. nous arrivons a une épaule d’où nous voyons le haut de la face du Kyzyl Asker et tout le glacier qui y mène.

Nos sacs sont toujours trop lourds et nous sommes partis encore trop tard (16h), du coup nous arrivons au camp à 20h sous une petite neige une fois de plus. Nous avons pu observer 4 magnifiques ibex (sorte de bouquetins) qui semblaient se jouer de l’altitude en courant en pleine pente rocailleuse comme si de rien n’était.

La descente est nettement plus facile et rapide évidemment. Nous rentrons au camp juste à la nuit à 22h, tous fiers de ne pas avoir eu a utiliser les frontales.

China Jam diary / 5 septembre

Démarrage en douceur. Je tente de charger nos différentes batteries car je suis à sec mais rien ne marche. Je suis bien angoissé parce que je ne vois aucune autre solution que de redescendre au village le plus proche pour charger le maximum de choses et acheter des piles en quantité, mais nos deux guides me disent que si je fais ça, c’est la fin de l’expédition car nous n’avons pas le droit d’être dans les villages et si nous descendons une fois, nous devons définitivement quitter les lieux. Cette perspective ne me rassure pas.

Nous faisons une petite séance de bloc aux abords du camp puis après un bon repas, Sean et Steph partent sous la neige ver 15h faire un premier portage vers notre futur camp avancé, non loin du Kyzyl Asker. Nico part lui aussi une petite heure plus tard en espérant retrouver les affaires laissées la veille et dégoter un meilleur chemin que cette moraine affreuse et parfois même dangereuse tellement elle est instable.

Pendant ce temps, je fais toutes les tentatives possibles pour trouver une solution à mon problème de batteries et juste avant le coucher du soleil, je touche au but, une batterie veut même bien se charger alors que le soleil est déjà loin. Je suis aux anges! Mes deux comparses chinois m’ont bien aidé moralement et je les en remercie car c’était une bataille de nerfs.

Nico, Sean et Steph rentrent ensemble juste avant la nuit, heureux, eux aussi, d’avoir trouvé un campement à seulement deux heures du pied de la face du Kyzyl Asker et d’y avoir fait déjà un beau portage. Heureux aussi d’avoir effectivement trouvé un passage bien plus aisé pour rejoindre ce nouveau camp.

Bref, voilà que cette expé prend un nouveau tournant. Selon Nico, nous serons dans 4 jours dans la face, ce qui nous réjouit tous.


La chiasse est toujours au menu pour Sean et Nico. Steph semble le plus en forme d’entre nous. Et moi, je me suis charcuté ma plaie au doigt en espérant la désinfecter au mieux afin qu’elle cesse de s’étendre et qu’elle cicatrise. Et mes brûlures sous le nez purulent comme une fontaine. J’ai le nez comme une patate, c’est on ne peut plus désagréable.

China Jam / Exploring the valley

The last few days here have been pretty intense. Since the camels left us with all our gear, we have been exploring deeper into the valley in order to find what we are looking for : a steep and long wall which would challenge our climbing and musical skills.
So we walked everyday for hours in every directions and side valleys going up long glaciers and sometimes this proved to be a lot harder and exhausting than expected with the lack of acclimatisation and the deep snow. We quickly realized all rock faces if not facing south are completly plastered with snow and ice.

Actually, what striked us the most during these first days is the climate. Every day the sky is clear in the morning offering us majestic views of the mountains around, but in the afternoon, the weather gets bad and we finish our explorations under a freezing humid snow.

The good news is that we found our next objective and we are now heading to a new advanced camp with all our gear for the wall. It will take us three days to load the whole pack there but we are so impatient to climb that the heavy load feels light. Right now we are eating our spicy Chinese noodles before carrying the next load up to abc, but not to worry: we have scheduled a short stop for some sick bouldering.

More news later, and as our friend Libecki would say: The time is now! Life is sweet!!

Objectif Lune

Un coup de téléphone hier en milieu d’après-midi…
Une voix enjouée et rassurante au bout du fil…
Voilà quelques nouvelles fraîches de Chine que je partage volontiers avec vous.

Pour l’instant, je ne peux que vous donner son nom : le Kyzyl Asker.
Ce big wall doit se préparer à l’assaut imminent de trois grimpeurs belges et de leur photographe-cameraman. Il faudra 6 jours de portage sur un glacier pour que l’équipe parvienne au pied de la voie; une face orientée plein sud et sans nul doute magnifique (mais on attend avec impatience les photos…).

La logistique à 4000m d’altitude n’étant pas toujours simple, Evrard est au prise avec ses batteries! Après avoir passé une journée à jouer les apprentis électricien, il espère pouvoir se connecter le temps minimum pour envoyer des photos.

La météo semble peu clémente (matinée radieuse mais couverture nuageuse, pluie puis neige à partir de 14h tous les jours), il leur faudra donc ruser pour passer entre les gouttes. Le froid est intense mais n’entame en rien leur motivation et leur enthousiasme.

Votre correspondant (pas sur place) : M.

China Jam diary / 4 septembre

La neige s’est à nouveau mise à tomber dans la nuit, le réveil à 3h du matin est donc un pétard mouillé, nos deux compères restent dans les duvets comme nous. Au vrai réveil, le temps est beau mais le pilier est couvert de neige, pas de regrets.
Nous décidons de plier bagages après une jolie session de musique sur un gros bloc erratique.

Nous reprenons donc nos gros sacs (un peu moins gros cependant) et allons faire une dépose de matériel au pied du glacier qui donne accès au Kyzyl Asker. Mais le temps a à nouveau changé et c’est sous une neige humide et dans un pierrier infâme que nous faisons ce portage. Nous larguons le maximum de choses sous un gros bloc et filons vers le camp de base.

Ali est heureux de nous revoir. Nous sommes heureux de retrouver le confort de la grande tente et nos légumes frais. Nous discutons, jouons de la musique et mangeons autant que possible.

Sean et Nico ont toujours autant la chiasse mais Sean n’à plus mal au ventre, c’est déjà ça. Quant à moi, mes brûlures d’hier s’affirment et une petite plaie à l’index qui ne fait que s’agrandir et s’infecter m’inquiète.